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Situés
au confluent de la Nicolet et du Saint-Laurent sur les berges du Lac
Saint-Pierre, les Jardins de l'oie se spécialisent dans la production de l'oie
grasse et la confection de produits haut de gamme. Non pas avec des oies du
Québec - peu de troupeaux reproducteurs sont disponibles - mais avec des oies
qu'ils font venir, par avion, des Berges de la Loire en France.
Au
cours des années 1990, Jean Roy, producteur laitier, cherchait à revaloriser ses
bâtiments rendus vétustes à cause de la concentration de sa production. Voisin
de Baie-du-Febvre, surnommé le village de l'oie blanche, il observait souvent
cet oiseau tout en rêvant à l'une de ses cousines, l'oie cendrée, qui offre un
foie gras au goût divin, réservé aux fins gourmets.
En
2001, il part à la conquête du secret pour produire ce foie gras d'oie selon les
règles de l'art. Il fera trois voyages en Europe avant de démarrer l'entreprise,
Jardins de l'oie. «J'ai préféré produire du foie gras d'oie parce que son goût
est plus fin que celui du canard, lance le producteur. S'il y a plus de
production de foie gras de canard au Québec, c'est qu'elle peut être exploitée à
plus grande échelle, ce qui n'est pas possible avec l'oie.»
Quatre
ans plus tard, il forme une coopérative avec son fils Nicolas. «Cette
production, raconte l'initiateur du projet, nécessite relativement peu
d'investissement mais surtout beaucoup « d'huile de bras ». C'est un bon secteur
pour favoriser l'intégration de notre relève agricole.»
L'élevage dure entre 17 et 18 semaines. Les oisons, de race Maxipalm, sont issus
d'un croisement de l'oie de Toulouse et de l'oie des Landes. Ils arrivent de
France à un jour d'âge. Les arrivages se font seulement au printemps, soit la
saison d'éclosion des oeufs.
À leur
arrivée, les oisons sont gardés en quarantaine pendant quatre semaines. Ils sont
alors nourris avec une moulée entièrement végétale et riche en protéine et
énergie, fournie par la coopérative Covilac. «Durant la première semaine,
l'oison décuple son poids, explique Jean Roy. Pesant 100 g à l'arrivée, il
augmente son poids à 1 kg en si peu de temps. Ça prend une bonne moulée pour
soutenir cette croissance.»
Dès la
fin de la quarantaine, les oisons ont accès à un parcours, mais retournent à
l'intérieur pour la nuit. «Il faut aller doucement avec ces oiseaux, ils se
stressent facilement», mentionne Nicolas.
Vient
ensuite le pré-gavage. «Cette étape est importante pour développer le jabot»,
mentionne le jeune Nicolas. Le jabot est cette poche qui permet aux oiseaux
migrateurs d'emmagasiner toute la nourriture disponible au moment où ils la
trouvent pour la digérer plus tard. Ainsi, en ne nourrissant l'oie qu'une fois
par jour, elle a le réflexe d'engloutir le plus de nourriture possible et
prépare, de la sorte, son jabot à recevoir une alimentation plus soutenue.
«Le
gavage est donc un acte naturel chez les oiseaux palmipèdes ce qui leur permet
de stocker dans leur foie des réserves énergétiques, d'où le foie gras, pour
entreprendre leur grand voyage migratoire», explique le producteur pour
démontrer que les détracteurs de l'oie gavée ont tort de croire que cette
activité est contre nature.
À
quatorze semaines, le gavage peut commencer: «C'est l'étape la plus accaparante,
car on gave nos grisettes quatre fois par jour», explique Nicolas. Mentionnons
que l'activité débute en douceur avec deux gavages par jour. Ce travail consiste
d'abord à offrir à chaque oie en moyenne 100 à 200 g de maïs par gavage. Aux
derniers jours, les oies peuvent ingurgiter jusqu'à 400 g de céréales à la fois.
Le maïs, introduit directement dans le jabot à l'aide d'un tube étudié et conçu
spécialement pour respecter la morphologie de Grisette, a d'abord été cuit pour
ramollir le grain et ainsi éviter de blesser l'oiseau.
«À
chaque gavage, nos gaveurs, formés par Nicolas, massent le jabot de Grisette. Ce
geste facilite le travail de digestion et permet aux travailleurs de reconnaître
quand l'oiseau a suffisamment été nourri.» Jean Roy rappelle que la condition
essentielle pour obtenir un bon foie gras d'oie consiste à avoir des oiseaux
calmes et en excellente santé. Un vieux sage du sud-ouest contait qu'on peut
comparer en plusieurs points le gavage à des jeux olympiques. Premièrement, ça
prend une génétique spécifique, ensuite un développement de l'athlète axé sur sa
discipline qui souvent est le fruit de toute sa vie. Et bien sûr, notre athlète,
comme notre oie, doit être en super forme physique, avoir une santé à toute
épreuve et être heureux.
Toutes
les oies sont abattues à Saint-Agapit, chez Agri-Bio. Une quantité de pièces
sont retournées à la ferme pour être transformées et vendues sur place.
Christiane Dupuis, saura vous guider pour vous procurer les délicieux produits
de la ferme. Cette dernière est aussi en charge de tout l'aspect administratif
de la coopérative.
Une
autre partie est acheminée chez un transformateur. «Les produits y sont
confectionnés selon nos recettes», indique le Nicolétain. Pourquoi transformer
une partie à la ferme et une autre partie chez le transformateur? «Selon la loi
provinciale, les produits transformés à la ferme ne doivent être vendus qu'à la
ferme, explique Jean Roy. Bien que les installations respectent les règles
d'aménagement du Centre québécois d'inspection des aliments et de santé animale,
la production à la ferme n'est pas sous inspection constante comme chez le
transformateur. C'est pourquoi seuls les produits préparés chez ces derniers
peuvent être vendus dans les commerces.»
La
graisse de notre vedette est, et de très loin, une des meilleures pour la santé
de toutes les graisses animales. Riche en oméga et alpha oméga, cette graisse
contient un des plus hauts taux de gras poly insaturé (57%) du règne animal et
est même recommandée par les cardiologues à leurs patients. Le sud-ouest de la
France est le plus grand consommateur de foie gras de palmipède au monde et est
aussi l'endroit où l'on dénote le plus bas taux de maladie cardiovasculaire.
Pour la mise en marché de leurs produits, les Jardins de l'oie ont fait appel à
un distributeur, Claude Mignon. «En un an, nos produits se sont retrouvés dans
près de 100 commerces», lance le producteur fier que le consommateur apprécie
ses denrées haut de gamme.
Maintenant, plusieurs distributeurs sont à leur service. Après trois ans
d'exploitation, les ventes s'accroissent. Toutefois, les propriétaires tiennent
à garder un oeil sur toutes les étapes de la production. C'est pourquoi, en
2006, se joint à l'équipe Paul Scopelletti, jeune chef cuisinier frais et moulu
de l'École d'Alimentation et d'Hôtellerie de Trois-Rivières et spécialisé en
haute gastronomie, pour développer le marché «portionné» sous vide et du fait
sur demande selon ses recettes originales et du terroir.
Cette
année, la coopérative Jardins de l'oie reçoit et engraissera 3 000 oies. Une
quantité qui devrait s'accroître de 1 000 chaque année. «Nous visons une
production annuelle de 5 000 oies, même si notre potentiel d'élevage s'élève à
10 000 oies. Nous devons suivre l'évolution de nos marchés», conclut le sage
producteur.
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